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Chaire Verhaegen 2026-2027
« Le complot des francs-maçons : archéologie d’un mythe » par Jean-Philippe Schreiber
Les théories du complot sont aujourd’hui très présentes dans l’imaginaire du corps social, amplifiées par l’extraordinaire et dangereuse chambre d’écho que leur offrent les réseaux sociaux. Voir le monde comme un vaste théâtre manipulé par des forces obscures et malveillantes correspond à une structure mythique et causale qui se veut offrir du sens dans un monde en crise. Ces théories ne sont pas propres à notre époque. Leur système idéologique comme les archétypes qu’elles véhiculent sont nés pour l’essentiel avec l’antimaçonnisme du XVIIIe siècle, sur un registre religieux qui se sécularisera avec le XIXe siècle, pour devenir politique au XXe.
Leçon inaugurale, 17 mars 2027 à 18h, auditoire à confirmer
« Le complot des francs-maçons : archéologie d’un mythe »
Les théories du complot sont aujourd’hui très présentes dans l’imaginaire collectif, amplifiées par l’extraordinaire chambre d’écho que leur offrent les réseaux sociaux. Voir le monde comme un vaste théâtre manipulé par des forces obscures et malveillantes correspond à une structure mythique et causale qui se veut offrir du sens dans un monde en crise. Ces théories ne sont pourtant pas propres à notre époque. Leur système idéologique comme les archétypes qu’elles véhiculent sont nés pour l’essentiel avec l’antimaçonnisme du XVIIIe siècle, sur un registre religieux qui se sécularisera avec le XIXe siècle – pour devenir politique au XXe. C’est ce que ce cycle se propose d’explorer, en débutant, dans cette leçon inaugurale, par une mise en perspective.
Leçon 1, 24 mars 2027 à 18h, auditoire à confirmer
Dès les premières condamnations de la franc-maçonnerie naissante par l’Église catholique, celle-ci verra le projet universaliste des maçons d’abord comme une conspiration contre l’ordre dont elle avait établi les fondements moraux et la légitimation, ensuite comme une hérésie et même comme la quintessence de toutes les hérésies qui s’étaient succédé jusque-là. Son combat contre la franc-maçonnerie deviendra un combat total, reposant sur un argumentaire essentiellement religieux, un combat qui se cristallisera dans l’accusation adressée à l’encontre des francs-maçons de fomenter les révolutions afin de renverser la civilisation chrétienne.
Leçon 2, 31 mars 2027 à 18h, auditoire à confirmer
De toute les bulles pontificales qui ont condamné la franc-maçonnerie et excommunié les francs-maçons, Humanum Genus, fulminée en 1884 par Léon XIII, est la plus intéressante à examiner. En effet, c’est elle qui va transformer les attaques vaticanes contre la franc-maçonnerie en une véritable croisade idéologique, c’est elle qui va définitivement diaboliser la franc-maçonnerie en voyant en elle l’incarnation d’un mal religieux et politique, c’est elle qui va poser les fondements d’un certain nombre d’archétypes qui survivent encore aujourd’hui dans les théories du complot, et c’est elle enfin qui va asseoir la sécularisation des motifs religieux qui désormais présidera à l’antimaçonnisme – lequel, de documentaire qu’il était jusque-là, deviendra véritablement populaire.
Leçon 3, 7 avril 2027 à 18h, auditoire à confirmer
Au milieu du XIXe siècle, l’antimaçonnisme complotiste va trouver dans l’antisémitisme un puissant réservoir argumentaire, qui va considérablement renforcer l’efficacité rhétorique de son fantasme conspirationniste. Le complot commun des juifs et des francs-maçons deviendra progressivement central dans l’antimaçonnisme catholique comme dans l’antimaçonnisme politique, se muant souvent en un délire obsessionnel où les juifs seront perçus comme les véritables détenteurs du pouvoir, manipulant des francs-maçons naïfs et abusés. Ce thème trouvera sa résonance la plus forte dans les Protocoles des Sages de Sion.
Leçon 4, 14 avril 2027 à 18h, auditoire à confirmer
Partant d’une affaire qui a défrayé la chronique en Belgique dans la deuxième partie des années trente, celle du faux médecin Frédéric Imianitoff, cette dernière leçon visera à comprendre les ressorts d’un antimaçonnisme devenu essentiellement politique dans l’entre-deux-guerres, où l’extrême droite et la droite catholique puiseront abondamment dans un répertoire occultiste et diabolisateur pour accuser les francs-maçons de pervertir la société, la vicier, l’affaiblir, pour imposer leur morale dépravée, leur progressisme et leur rêve de mondialisation.
Notice biographique
Jean-Philippe Schreiber est professeur ordinaire à l’Université libre de Bruxelles et directeur de recherches au Fonds national de la Recherche scientifique (FNRS). Historien des religions, il a dirigé à l’Université libre de Bruxelles le Centre interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité (CIERL) et a été professeur invité aux Universités de Paris XI et de Lausanne. Parmi ses travaux, consacrés en grande partie à l’histoire des idées religieuses au XIXe siècle, un certain nombre portent sur les origines des théories du complot, en particulier l’antimaçonnisme et l’antisémitisme.