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15 OCT 2026 | JOURNEE D'ETUDE Les inégalités et les rapports de minorisation à l’ère du conservatisme réactionnaire
À l'occasion de son 30e anniversaire, le GERME vous invite à une journée d'étude consacrée aux relations entre recherche, engagement et débat public dans un contexte marqué par les remises en question croissantes de l'expertise scientifique et la polarisation des débats sociétaux.
Cette rencontre réunira chercheur·es, enseignant·es, étudiant·es et acteur·rices de la société civile autour d'une réflexion collective sur les conditions de production, de circulation et de réception des savoirs en sciences sociales aujourd'hui.
La participation à cette journée d'étude est gratuite, mais l'inscription est obligatoire ici
À l’occasion de son trentième anniversaire, le GERME propose d’examiner les reconfigurations contemporaines des rapports entre production de savoirs, engagement citoyen et débat public (Jasanoff, 2012 ; Lahire, 2016), dans un contexte marqué à la fois par une crise accrue de légitimité des sciences et des institutions et par la banalisation des discours d’extrême droite dans les espaces médiatiques et politiques (Giroux, 2019 ; Debras, 2026). À l’ère de la post-vérité (Cambier, 2019), de larges segments des sciences humaines, sociales et environnementales se trouvent ainsi exposés à des formes d’ingérence, de disqualification ou de délégitimation qui affectent leurs conditions de production et de reconnaissance que ce soit dans le monde académique ou pour les savoirs élaborés par les associations et les organisations de la société civile.
L’autonomie de la recherche universitaire est remise en cause et les résultats scientifiques des recherches en sciences sociales et politiques sont contestés tant au niveau de leur validité que de leur légitimité. La politique de Donald Trump qui a supprimé, comme dans d’autres pays (Hongrie, Argentine, etc.) le financement de recherches, notamment, en études de genre, procède à un véritable révisionnisme conceptuel interdisant l’usage de concepts scientifiques essentiels des sciences sociales et politiques tels qu’inégalités, genre, féminisme, pollution, climat. Cette politique s’accompagne de la destruction de bases de données en matière, notamment, d’environnement et de santé particulièrement préjudiciable à la gestion de crises futures en matière de santé publique et d’environnement.
Bien que l’Union européenne et la Belgique, singulièrement, ne soient pas confrontées à une pareille dérive, des recherches en sciences humaines et sociales, en particulier portant sur les sujets au cœur de l’activité scientifique du centre de recherche GERME (inégalités, racisme, discrimination, migration, genre), sont de plus en plus contestées dans l’espace public et politique.
Ces travaux scientifiques et leurs résultats éprouvés et contrôlés dans le cadre d’expertises menées par des paires de la communauté scientifique sont critiqués et disqualifiés parce que les objets traités sont délégitimés ou les personnes qui les mènent sont stigmatisés comme étant des « islamo-gauchistes » ou des « auteur.es woke ». Si des chercheure.s (Heinich, 2023) dénoncent la dimension engagée de certaines recherches, les critiques érigées en polémiques sont le plus souvent portées par des personnes extérieures au champ scientifique : des essayistes autoproclamés.es compétent.es dans les matières traitées (De Wever, 2023 ; Geerts, 2024) qui produisent leurs réflexions davantage pour alimenter une guerre culturelle que pour faire avancer les savoirs (Deleixhe et Paternotte, 2026) . La visée stratégique de ces essais porte moins sur la validité des données et des analyses produites qu’à participer à la diffusion d’un récit néo-réactionnaire dans l’espace public et médiatique. Ne disposant pas de la même robustesse méthodologique que les travaux en sciences sociales et politiques, ces essais enfreignent les règles élémentaires attendues du souci scientifique de recherche de la validité des données récoltées. S’inscrivant dans le modèle de la société ouverte promue par Karl Popper (1945), la recherche scientifique privilégie le débat rationnel à l’affirmation péremptoire, la justice épistémique aux affirmations autoritaires, dogmatiques et univoques, la controverse plutôt que la polémique. La volonté de contrôle du savoir par le pouvoir et une certaine culture de l’hostilité et de slogans sensationnalistes ne favorisent pas le débat contradictoire sur des thèmes aussi importants qu’une société ouverte sur elle-même, l’émancipation et le progrès.
Ce nouveau contexte impose aux chercheur.es en sciences sociales et politiques à s’interroger sur leurs champs d’expertise, à la manière de produire leurs recherches et, plus encore de les diffuser en participant davantage au débat public, médiatique et politique.
La journée d’étude entend aborder ces processus et pratiques à partir des objets de recherche constitutifs de l’expertise du GERME - migrations, inégalités, islam et racisme - eux-mêmes traversés par des controverses internes aux sciences sociales et politiques (Fassin, 2018 versus Beaud & Noiriel, 2021). Inscrite dans une perspective historique de l’évolution de la recherche sur ces objets d’étude, cette journée d’étude abordera la question de la co-construction des savoirs, l’engagement des chercheur.es, la réflexivité, les collaborations avec les acteurs associatifs, culturels et militants, ainsi que les conditions institutionnelles et symboliques qui permettent ou entravent la présence publique des chercheurs dans les débats sociétaux.
Références
- Beaud S. et Noiriel G. (2021), Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie, Marseille : Éditions Agone.
- Deleixhe M. et Paternotte D. (2026), Antiwokisme, Bruxelles : Éditions de l’Université de Bruxelles
- De Wever B. (2023), Woke, Gerpinnes: Editeur Kennes
- Debras F. (2026), Discours, Liège: Luc Pire
- Fassin D. et Fassin E. (dir.) (2018), De la question sociale à la question raciale : représenter la société française, Paris : La Découverte
- Geerts N. (2024), Woke ! La tyrannie victimaire, Bruxelles : Éditions Deville
- Giroux H. (2019), The Terror of the Unforeseen, Los Angeles: LARB.
- Heinich F. (2023), Le Wokisme serait-il un totalitarisme ?, Paris : Albin Michel.
- Jasanoff S. (2012), Science and public reason, New York : Routledge
- Lahire (2016), Pour la sociologie. Et pour en finir avec une prétendue excuse, Paris : La Découverte.
- Popper K. (1945), The Open Society and Its Enemies, Londres: Routledge.
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