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Le Street Art entre DROIT et marché - Quand les graffeurs rencontrent les collectionneurs
Colloque international
Cette journée d’étude clôture un cycle de trois rencontres autour des nouvelles formes d’art urbain, en particulier le street art, organisées par le GRESAC/ Groupe de recherche en sciences des arts et de la culture à l’ULB/Université Libre de Bruxelles. Après « De la subversion à la subvention : l’art urbain entre pratique illégale et commande publique à l’âge du capitalisme culturel » en 2018 et « Ce que le street art fait au musée. L’institution muséale au défi des nouvelles formes d’art urbain » en 2023, nous programmons « Le street art entre droit et marché. Quand les graffeurs rencontrent les collectionneurs » au printemps 2026. Un ouvrage collectif réunira ensuite les contributions des différents intervenants à la journée, rejoints par d’autres experts ne participant qu’à l’ouvrage, pour achever cette fois le cycle éditorial initié avec (R)évolutions du street art paru en 2021 et (Ex)poser le street art à paraître début 2026 chez CFC-Éditions.
Si l’on pense intuitivement qu’un artiste urbain renonce à ses droits d’auteur quand il réalise illégalement et anonymement une œuvre sur un support qui ne lui appartient pas, et que l’application du droit s’emploiera au contraire à sanctionner un acte de vandalisme, la réalité se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. Tantôt, la propriété intellectuelle sera reconnue par la loi comme indépendante de la propriété du support, tantôt l’anonymat de l’auteur empêchera la défense des droits de l’artiste, si bien qu’entre ces deux extrêmes, nombre de cas ne manquent pas de défrayer la chronique judiciaire d’une pratique gagnant en légitimité culturelle. Et qui dit propriété et auteur dit valeur et marché dès le moment où des collectionneurs avisés ont commencé de s’intéresser à cette nouvelle forme d’art urbain, accompagnés par des galeries d’art s’ouvrant à ces créations jusque-là reléguées à la marge du domaine couvert par leur activité –contribuant ainsi à la reconnaissance du mouvement par le monde de l’art. De leur côté, en s’inscrivant dans la filiation du dessin, de la peinture et de la sculpture d’atelier, les street artistes ne manquèrent pas de produire des objets facilitant les transactions en galerie, puis leur exposition dans les collections publiques comme privées. Droit et marché méritent donc une réflexion analytique et critique transversale sur l’évolution du street art européen, particulièrement depuis les années 2000, quand les digues séparant graffeurs et collectionneurs se voient définitivement rompues, sous l’effet d’une crue initiée dans les années 1980 et 1990 par quelques précurseurs. Au- delà de l’émergence de galeries dédiées à cette forme d’expression –qui passeront rapidement de quelques unités à plusieurs dizaines pour ne citer que Paris–, la naissance de plusieurs grandes foires d’art urbain, dans plusieurs capitales, puis l’arrivée de pièces en salle de vente à partir de 2010, dont certaines peuvent atteindre des montants spectaculaires, manifeste l’achèvement d’une conversion –ou d’une soumission selon ses détracteurs– au versant capitaliste de l’art.
Cependant, les contradictions ne manquent pas –ce qui fait tout l’intérêt du sujet. Trois exemples illustreront ici un rapport ambigu à la propriété intellectuelle de même qu’au marché de l’art. Le projet Inside Out lancé par JR en 2011 repose sur une délégation temporaire du droit d’auteur par le biais d’une œuvre collaborative. Pour participer à cette action visant à rendre visible les causes défendues par le secteur associatif, il suffisait d’envoyer à l’artiste des portraits photographiques qui furent imprimés dans le style JR et renvoyés pour être collés dans l’espace public. Banksy, de son côté, permet le téléchargement à partir de son site internet des images iconiques de son large catalogue pour tout usage personnel, ludique ou militant, sauf un usage commercial. Cette attitude, résumée dans la formule « Copyright is for losers » montra cependant ses limites en 2020 quand l’Office européenne pour la propriété intellectuelle a annulé la marque déposée en 2014 pour le pochoir Flower Thrower peint à Jérusalem en 2005, en raison justement de ses innombrables reproductions et contrefaçons, le dégradant au statut de mème –à savoir une image reprise et diffusée en masse sur internet. La position de Banksy se voyait en outre fragilisée du fait que le graffiti avait été réalisé anonymement et de manière illégale, si bien que sa paternité ne pouvait être formellement établie… En 2018 enfin, un tableau reprenant le célèbre motif de la Girl with ballon du même Banksy était équipé d’un broyeur dissimulé dans le cadre, dont le moteur se déclencha au moment où le commissaire-priseur adjugeait la pièce pour 1,2 millions d’euros, détruisant partiellement la composition. Or, cette action contestataire n’empêcha pas l’œuvre endommagée d’être revendue en 2021 pour dix- huit fois son prix, à savoir 21,8 millions d’euros, ce qui démontrait à qui pouvait en douter la force du marché, au-delà de la résistance qu’un créateur pouvait lui opposer.
Dépassant le clivage stérile entre « vandales » et « vendus », la journée d’étude a pour objet de faire le point sur les questions que la situation ne manque pas de poser aux chercheurs intéressés par le phénomène du street art, plus particulièrement ici sous l’angle juridique et économique. Nous pensons que l’art fait bouger les lignes et que ce terrain d’étude permet de renouveler les angles d’approche de l’histoire de l’art urbain, comme du rôle du Droit et du marché dans ce secteur d’activité. Par exemple, au-delà de l’inventivité formelle et conceptuelle des différents acteurs en présence –créateurs- intermédiaires-acheteurs– pour concilier l’éphémère et le durable autant que la propriété privée et l’espace public, le street art en galerie vient troubler le marché de l’art contemporain en rencontrant une nouvelle catégorie d’amateurs d’art, généralement plus jeunes, d’abord grâce à des prix abordables qui permettent de se constituer une collection sans capital de départ important, d’autre part en mettant directement en relation les créateurs et les collectionneurs via la technologie numérique et particulièrement les réseaux sociaux, quand l’internet ouvre de nouveaux horizons de diffusion à l’art urbain.
- Programme du colloque
- Biographies des intervenants
- Comité scientifique et organisationnel
Mercredi 25 mars
Talk C.E.C
Chau. de Wavre 141 - 143, 1050 Ixelles
18h – 21h
Jeudi 26 mars
Usquare (site ULB-VUB)
210A boulevard Général Jacques, 1050 Ixelles
Accès 1 – Porte AC
9h - 18h
Comité scientifique et organisationnel
Anne-Sophie RADERMECKER (ULB)
Alexandre PINTIAUX (ULB)
Éric VAN ESSCHE (ULB)
Julie BAWIN (ULiège)
Nathalie MOUREAU (Université de Montpellier Paul Valery)
Marie BLUM (IESEG School of Management, Lille)
Brochure à télécharger